à bientôt sur "Raisons de penser" http://bernard.blog.lemonde.fr
Bernard
A t-on besoin - pour vivre humainement - de la Foi ou de la Raison ou bien alors de toutes les deux en même temps, comme semble nous le dire Benoit XVI en visite au pays de Descartes.
La Foi et la Raison nous promettent en effet toutes les deux de nous emmener vers la vérité.
« Je vais vous faire connaître la Vérité révélée » nous dit la Foi … vous n’avez qu’à me suivre, me rester fidèle et vous découvrirez
avec moi les réponses à tous les « pourquoi » que vous vous posez : Pourquoi Dieu a t-il crée le monde ? Pourquoi y a t-il quelque-chose plutôt que rien ? Les
réponses à ces questions, il est inutile de les chercher en vous, elles n’y sont pas, faites-moi confiance nous dit la Foi je suis la seule qui peut vous les apporter.
La Raison au contraire, non moins sûre de son bon droit, nous dit que la Vérité est à rechercher en nous-même. Elle nous dit que nous avons en nous la capacité d’expliquer le monde. Mais elle ne prétend pas comme la Foi nous expliquer le pourquoi des choses ... elle a pour ambition de nous en expliquer le comment. Comment le monde a été créer, comment nous venons au monde ...
Mais alors entre Foi et Raison qui dois-je suivre ? Dois-je aller vers la Vérité du « pourquoi » ou alors vers celle du « comment » ? Puis-je m’intéresser au comment sans savoir pourquoi ? Puis-je exercer ma raison sans avoir la foi ? Puis-je agir si je n’ai pas de but ? A l’inverse : Puis-je m’intéresser au pourquoi sans rien savoir du comment ? Puis-je vivre seulement avec la Foi sans tomber dans la déraison … et le fanatisme ?
Benoit XVI nous met en garde contre ces deux extrêmes en nous disant que Foi et Raison sont complémentaires. Mais dans la grotte de Lourdes ...
où est la Raison ? où est même la Foi ? N'ont t-elles pas toutes les deux disparues derrière la simple superstition ! "Vérité en deça des Pyrénées, erreur au delà" disait Montaigne ... Notre
Saint-Père quand à lui semble avoir transformé sa vérité en erreur avant même de franchir les Pyrénées !
Peut-on faire le mal en voulant le bien ?
La sagesse populaire nous dit: "faire le mal c’est mal, et faire le bien c’est bien "… voilà qui parait clair, chacun peut choisir sans se tromper et sans être trompé ! Mais lorsque la volonté s’en mêle, l’équation se complique. En effet "vouloir le mal" (seulement le vouloir !) c’est déjà mal, alors que "vouloir le bien" ça n’est pas encore bien … il n’y a que le "faire le bien" qui soit bien ! Mais alors "faire le mal en voulant le bien" voilà qui, non seulement met à mal notre entendement en opposant les moyens à la fin, mais de plus vient ébranler la morale en acceptant de faire le mal ! Entendons-nous bien, il s’agit ici seulement (si je puis dire) de faire le mal et non pas de le vouloir car ce que l’on veut ici, tout en faisant le mal, c’est le bien, et d'ailleurs pourrait-on vouloir le mal et le bien en même temps ? Comment se fait-il donc que l’on puisse être amené à faire le mal sans le vouloir et de plus en voulant son contraire, le bien ? Faut-il en conclure que c’est dans la nature même de ce « vouloir le bien » que se trouve le mal lui-même ?
En effet l'histoire semble nous le confirmer. Le mal c’est banal disait déjà Hannah Arendt en analysant comment la mécanique nazie, cette mécanique du mal, s’était emballée. Le mal arrive sans que personne ne le veuille, il s’introduit par effraction en quelque sorte, insensiblement. Le mal, lorsqu’il vient, ne s’annonce pas, il avance masqué, assez malin pour se cacher sous le masque du bien. Il se cache précisément, dans ce « vouloir le bien » qui, quand à lui, se proclame, s’annonce … Lorsque l’on veut le bien on aime à le faire savoir, tant est si bien que, dans le "vouloir le bien", le "vouloir" prend le pas sur le "bien". Et précisément le "vouloir" lorsqu’il entre en action ne fait pas de quartier … partout ou passent, celui ou ceux qui "veulent", il ne reste généralement plus grand chose du bien qu’ils sont censés vouloir. La volonté ne fait généralement pas bon ménage avec la morale ! L’indifférence, la démission et la lâcheté des autres s’y ajoutant il n’est pas rare de voir ainsi au final le bien que l’on a tant voulu se laisser submergé par le mal … ce mal si banal dont le XXème siècle nous a tant donné d’exemples ; des exemples de révolution au nom du bien qui se sont terminées dans le mal absolu.
Si donc le "vouloir le bien" cache le mal, faut-il en conclure qu’il ne faut plus vouloir ?
Est-ce la volonté seule qui est en cause dans cette advenue du mal ? N’est-ce pas aussi et surtout cette envie d’absolu
et de pureté que traduit l’expression "vouloir le bien" ?
Le bien en effet doit être pur pour être bien, il est un absolu. La moindre trace de mal dans le bien et ce dernier s’en trouve disqualifié. Une bonne action entachée d’une mauvaise n’est plus
une bonne action ! Ainsi en voulant éradiquer la moindre trace de mal le bien en vient à éradiquer tous ceux qui selon lui produisent ces traces de mal ... éradiquer au nom du bien qui
doit être absolu ! Ainsi la volonté d’absolu n'est-elle pas en définitive la voie la plus directe vers le mal ?
Dès lors si vouloir le bien peut conduire au mal, ne faut t-il pas se contenter de "résister au mal" ?
A la volonté des grands soirs du bien absolu qui se
réveilllent souvent en lendemains matins du mal radical ne faut-il pas plutôt préférer une volonté plus modérée mais non moins avisée qui, à la lumière du discernement, résiste sans faiblesse au
mal de tous les jours ... à celui que nous rencontrons sur notre chemin comme à celui qui est en nous ...
Une nouvelle année ...
page blanche ou table rase ?
labyrinthe ou voie toute tracée ?
ou ...
Y a t-il une dialectique entre Autorité et Responsabilité ?
La contradiction, apparente, entre ces notions peut-elle être surmontée ? Si oui comment ?
On peut l'analyser comme l’inverse terme à terme de la contradiction entre égalité et liberté.
En effet l’autorité brise l’égalité en reconnaissant une dissymétrie entre celui qui fait autorité et ceux qui reconnaissent cette autorité. Reconnaître que quelqu’un à de l’autorité sur moi, que ce soit par la compétence que je lui reconnais ou par son statut social, c’est reconnaître qu’il n’est pas mon égal. Par ailleurs ma responsabilité quand à elle bride ma liberté. Si je dois répondre de mes actes devant les autres c’est donc que je ne peux pas faire ce que je veux. Ma liberté s’arrête ou commence celle des autres dit-on, c'est-à-dire que ma liberté s’arrête là ou je dois répondre de mes actes devant les autres, là ou je commence à être responsable. (il serait intéressant d’ailleurs de comparer cette analyse à celle de Sartre qui quand à lui postule que je suis libre donc responsable)
Comment sort-on de ces deux contradictions dialectiques : entre égalité et liberté d’une part et entre autorité et responsabilité d’autre part ? Il faut pour cela changer de plan, changer de critères d’analyse et sortir de la simple analyse logique pour faire intervenir la morale.
Entre égalité et liberté tout d’abord. Puis-je me sentir vraiment libre dans un monde ou règne l’inégalité, où certains ne peuvent survivre alors que d’autres étalent leur richesse ? Ma liberté butte ici sur mon regard sur les autres, sur mon humanité. Par ailleurs, puis-je me considérer comme l’égal des autres dans un monde ou je ne serais pas libre ? Ou ma volonté serait contrainte par d’autres, d’autres qui ne seraient dès lors plus mes égaux..
Le dépassement de la contradiction entre l’égalité et la liberté se trouve donc dans cette prise en considération de l’humanité (dans les deux sens du terme : l’humanité comme ensemble des hommes mais aussi l’humanité qui est en moi) que l’on retrouve dans le troisième terme de notre devise républicaine : la fraternité.
Entre autorité et responsabilité : L’autorité, qui est pouvoir sur les autres, même si ce pouvoir est reconnu et accepté par les autres, et la responsabilité qui est reconnaissance de l’impact des mes actes sur les autres peuvent ainsi être vues comme deux notions qui s’opposent. Ainsi celui dont on reconnaît l’autorité peut se dire : puisque les autres reconnaissent mon autorité pourquoi répondrais-je de mes actes devant eux ? je n’ai qu’a exercer l’autorité donc le pouvoir qu’ils me reconnaissent. De même celui qui se dit responsable peut se dire qu’il n’a dès lors plus besoin de reconnaître une quelconque autorité qui viendrait lui dicter sa conduite par rapport aux autres, puisqu’il est prêt à répondre de cette conduite. On peut d’ailleurs noter que ces deux notions (autorité et responsabilité) sont souvent invoquées dans ce sens par les pouvoirs en place. Lorsque l’on entend dire qu’il faut respecter l’autorité cela cache souvent un appel à respecter les hiérarchies sociales : « C’est notre chef nous devons respecter son autorité ! » De même l’appel à la responsabilité cache souvent un appel au devoir d’obéissance, au respect de l’ordre social existant : « Ne vous révoltez pas soyez responsable ! »
Ici encore il me semble que pour sortir de cette opposition la prise en compte du critère moral (par celui qui détient l’autorité) est nécessaire. La vraie autorité ne saurait ainsi prendre sens (moral) sans l’exercice de la responsabilité par celui dont l’autorité est reconnue. Celui qui a l’autorité doit ainsi se dire qu’il a le devoir de respecter la confiance que lui accorde les autres. Sans cela son autorité ne serait plus reconnue. En d’autres termes il faut que ceux qui détiennent l’autorité soit ceux qui fassent autorité. Mais dans quel ordre cela doit-il, peut il se passer ? La reconnaissance de l’autorité (faire autorité) doit-elle ou peut elle précéder la légitimation de cette autorité par les institutions ? Ou alors est-ce l’inverse : les institutions doivent-elles légitimer l’autorité d’abord : par des diplômes ou autres moyens de reconnaissance de compétences ? On peut sans doute dire que, si la médiation des institutions est nécessaire elle ne peut être suffisante. Ainsi l’autorité du professeur doit être instituée, c’est à dire que sa fonction doit être reconnue, mais néanmoins s’il ne fait pas autorité dans sa classe (= s’il est incompétent) son pouvoir sera remis en cause et il ne remplira plus sa fonction.
Il me semble qu’analyser les problèmes de notre société au travers de cette double opposition entre égalité et liberté d’une part et autorité et responsabilité d’autre part peut éclairer les débats en cours au sein de notre société.
Là où certains analysent les problèmes actuels de la société comme une crise de l’égalité et de liberté d’autres y voient une crise de l’autorité et de la responsabilité.
Les premiers mettent en lumière qu’à la dynamique de dépassement de la liberté et de l’égalité par la fraternité (ou solidarité) se substitue désormais une dynamique inverse : inégalités – contrôle social – égoïsme / individualisme. L’accroissement des inégalités (due principalement à la mondialisation) entraine le besoin de contrôle social (sur les plus pauvres, sur les étrangers etc), ces deux tendances venant se figer dans le corps social au travers du développement de l'individualisme et de l’égoïsme qui est alors vécu comme une condition de la survie.
Les seconds mettent en lumière les crises de l’autorité et de la responsabilité. Ainsi ils déplorent que l’on ne reconnaisse plus l’autorité sous prétexte d’égalité, ou plutôt d’égalitarisme. Il en est ainsi disent t-ils de l’autorité des professeurs, des parents, des représentants des institutions politiques en général (même élue démocratiquement) qui sont de plus en plus remise en cause. Par ailleurs il y a aussi une crise de la responsabilité dans la mesure ou, selon eux, les individus, se détachant de plus en plus de leur communautés ou autres groupes d’appartenance, négligent de plus en plus l’impact de leurs actes sur la société. Ceci est vrai lorsqu’ils agissent comme consommateurs mais aussi quelquefois lorsqu’ils agissent comme citoyen. ….
Entre ces deux analyses, qui ne recoupent pas la traditionnelle (et confortable !) coupure gauche-droite, faut-il se résoudre à en choisir une et donc à déclarer que l’autre est fausse ! Ces deux analyses n'ont t-elles pas chacune leur part de validité? Ne faut t-il pas là aussi essayer de les dépasser … interminable dialectique …
C'est le propre des romans que l'on dit "initiatiques" de permettre à chacun de s'y reconnaitre, de s'identifier aux personnages. Celui-ci
ne déroge à la règle ... avec peut être encore plus d'intensité tant les situations dans lesquelles l'auteur place son personnage Harry, et les questionnements qu'ils lui prête
sont en résonance avec les questions que chacun de nous se posent sur lui, sur sa vie, sur sa place dans le monde, sur son rapport aux autres. C'est soi-même que l'on rencontre à
chaque détour de page !
Arrivé à la cinquantaine Harry, découvre qu'il n'a pas vécu et qu'il est même inadapté à la vie ordinaire ... Solitaire, il se décrit comme un loup des steppes. Il a toujours senti en lui-même
deux personnalités : l'homme, civilisé, rangé, cultivé, et le loup qui représente tout ce qu'il y a d'animal en lui-même, ses désirs, ses instincts.
"En lui l'être humain et le loup ne cohabitaient pas paisiblement ...une haine fatale les opposait indéfectiblement et chacun d'eux vivaient uniquement aux dépends de l'autre. ". Harry vit
et assume cette dualité de sa personnalité dans la souffrance. Souffrance "... d'une ame plongée dans les ténèbres ... volonté de passer par l'enfer, d'affronter le chaos, d'endurer le
malheur jusqu'au bout.". Mais souffrance d'ou émerge un intense besoin de solitude, d'indépendance et de liberté.
"La solitude ... elle était glaciale, oh oui, mais elle était également paisible, merveilleusement paisible et immense, comme l'espace froid et paisible dans lequel gravitent les
astres."
"Cependant lorsqu'il se fut installé dans cette nouvelle liberté, Harry s'aperçut tout à coup que celle-ci représentait une mort. Le monde le laissait étrangement tranquille."
Des réflexions intéressantes:
Sur la bourgeoisie, définie comme voie moyenne entre la sainteté et la débauche. Le bourgeois est celui qui ne supporte pas l'absolu. Il essaie de trouver sa place entre les extrèmes, dans une
zone médiane , tempérée et saine ... même s'il renonce pour celà à l'intensité existentielle et affective que procure une vie axée sur l'absolu et l'extrême.
Sur l'homme "qui n'est pas une création stable et durable... mais représente plutot une tentative et une transition. Il n'est rien d'autre q'une passerelle étroite, périlleuse entre la
nature et l'esprit".
Notre héros est tenté par le suicide ... puis une rencontre l'amène à vivre la vie des gens ordinaires avec ses plaisirs simples. Cette expérience est pour lui un véritable chemin initiatique ou
il renait: Rejeter la dualité que l'on voit en soi, accepter la multiplicité de sa personnalité puis ... mort symbolique ... épreuves .... le role de l'humour ... apprendre à rire de
soi. Une belle leçon de vie ...