Autorité et Responsabilité

Publié le par Bernard

Y a t-il une dialectique entre Autorité et Responsabilité ?

La contradiction, apparente, entre ces notions peut-elle être surmontée ? Si oui comment ? 

On peut l'analyser comme l’inverse terme à terme de la contradiction entre égalité et liberté.

En effet l’autorité brise l’égalité en reconnaissant une dissymétrie entre celui qui fait autorité et ceux qui reconnaissent cette autorité. Reconnaître que quelqu’un à de l’autorité sur moi, que ce soit par la compétence que je lui reconnais ou par son statut social, c’est reconnaître qu’il n’est pas mon égal. Par ailleurs ma responsabilité quand à elle bride ma liberté. Si je dois répondre de mes actes devant les autres c’est donc que je ne peux pas faire ce que je veux. Ma liberté s’arrête ou commence celle des autres dit-on, c'est-à-dire que ma liberté s’arrête là ou je dois répondre de mes actes devant les autres, là ou je commence à être responsable. (il serait intéressant d’ailleurs de comparer cette analyse à celle de Sartre qui quand à lui postule que je suis libre donc responsable)

Comment sort-on de ces deux contradictions dialectiques : entre égalité et liberté d’une part et entre autorité et responsabilité d’autre part ? Il faut pour cela changer de plan, changer de critères d’analyse et sortir de la simple analyse logique pour faire intervenir la morale.

Entre égalité et liberté tout d’abord. Puis-je me sentir vraiment libre dans un monde ou règne l’inégalité, où certains ne peuvent survivre alors que d’autres étalent leur richesse ? Ma liberté butte ici sur mon regard sur les autres, sur mon humanité. Par ailleurs, puis-je me considérer comme l’égal des autres dans un monde ou je ne serais pas libre ? Ou ma volonté serait contrainte par d’autres, d’autres qui ne seraient dès lors plus mes égaux..

Le dépassement de la contradiction entre l’égalité et la liberté se trouve donc dans cette prise en considération de l’humanité (dans les deux sens du terme : l’humanité comme ensemble des hommes mais aussi l’humanité qui est en moi) que l’on retrouve dans le troisième terme de notre devise républicaine : la fraternité.

Entre autorité et responsabilité : L’autorité, qui est pouvoir sur les autres, même si ce pouvoir est reconnu et accepté par les autres, et la responsabilité qui est reconnaissance de l’impact des mes actes sur les autres  peuvent ainsi être vues comme deux notions qui s’opposent. Ainsi celui dont on reconnaît l’autorité peut se dire : puisque les autres reconnaissent mon autorité pourquoi répondrais-je de mes actes devant eux ? je n’ai qu’a exercer l’autorité donc le pouvoir qu’ils me reconnaissent. De même celui qui se dit responsable peut se dire qu’il n’a dès lors plus besoin de reconnaître une quelconque autorité qui viendrait lui dicter sa conduite par rapport aux autres, puisqu’il est prêt à répondre de cette conduite. On peut d’ailleurs noter que ces deux notions (autorité et responsabilité) sont souvent invoquées dans ce sens par les pouvoirs en place. Lorsque l’on entend dire qu’il faut respecter l’autorité cela cache souvent un appel à respecter les hiérarchies sociales : « C’est notre chef nous devons respecter son autorité ! »  De même l’appel à la responsabilité cache souvent un appel au devoir d’obéissance, au respect de l’ordre social existant : « Ne vous révoltez pas soyez responsable ! »

Ici encore il me semble que pour sortir de cette opposition la prise en compte du critère moral (par celui qui détient l’autorité) est nécessaire. La vraie autorité ne saurait ainsi prendre sens (moral) sans l’exercice de la responsabilité par celui dont l’autorité est reconnue. Celui qui a l’autorité doit ainsi se dire qu’il a le devoir de respecter la confiance que lui accorde les autres.  Sans cela son autorité ne serait plus reconnue. En d’autres termes il faut que ceux qui détiennent l’autorité soit ceux qui fassent autorité. Mais dans quel ordre cela doit-il, peut il se passer ? La reconnaissance de l’autorité (faire autorité) doit-elle ou peut elle précéder la légitimation de cette autorité par les institutions ? Ou alors est-ce l’inverse : les institutions doivent-elles légitimer l’autorité d’abord : par des diplômes ou autres moyens de reconnaissance de compétences ? On peut sans doute dire que, si la médiation des institutions est nécessaire elle ne peut être suffisante. Ainsi l’autorité du professeur doit être instituée, c’est à dire que sa fonction doit être reconnue, mais néanmoins s’il ne fait pas autorité dans sa classe (= s’il est incompétent) son pouvoir sera remis en cause  et il ne remplira plus sa fonction.

Il me semble qu’analyser les problèmes de notre société au travers de cette double opposition entre égalité et liberté d’une part et autorité et responsabilité d’autre part peut éclairer les débats en cours au sein de notre société. 

Là où certains analysent les problèmes actuels de la société comme une crise de l’égalité et de liberté d’autres y voient une crise de l’autorité et de la responsabilité.

Les premiers mettent en lumière qu’à la dynamique de dépassement de la liberté et de l’égalité par la fraternité (ou solidarité) se substitue désormais une dynamique inverse : inégalités – contrôle social – égoïsme / individualisme. L’accroissement des inégalités (due principalement à la mondialisation) entraine le besoin de contrôle social (sur les plus pauvres, sur les étrangers etc), ces deux tendances venant se figer dans le corps social au travers du développement de l'individualisme et de l’égoïsme qui est alors vécu comme une condition de la survie.

Les seconds mettent en lumière les crises de l’autorité et de la responsabilité. Ainsi ils déplorent que l’on ne reconnaisse plus l’autorité sous prétexte d’égalité, ou plutôt d’égalitarisme. Il en est ainsi disent t-ils de l’autorité des professeurs, des parents, des représentants des institutions politiques en général (même élue démocratiquement) qui sont de plus en plus remise en cause. Par ailleurs il y a aussi une crise de la responsabilité dans la mesure ou, selon eux, les individus, se détachant de plus en plus de leur communautés ou autres groupes d’appartenance, négligent de plus en plus l’impact de leurs actes sur la société. Ceci est vrai lorsqu’ils agissent comme consommateurs mais aussi quelquefois lorsqu’ils agissent comme citoyen. …. 

Entre ces deux analyses, qui ne recoupent pas la traditionnelle (et confortable !) coupure gauche-droite, faut-il se résoudre à en choisir une et donc à déclarer que l’autre est fausse ! Ces deux analyses n'ont t-elles pas chacune leur part de validité? Ne faut t-il pas là aussi essayer de les dépasser … interminable dialectique …  

Publié dans Philo

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<br /> Blog(fermaton.over-blog.com),No-18.- THÉORÈME HOMOINFINITY. - De la Liberté ?<br />
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